[TEXTE] L’élégante irrévérence – Christophe Constantin

Au milieu de l’atelier, une table ensevelit sous un tas de sacs poubelles bleus turquoises, grossi par des effets de miroir (Hyperproduction artistique, 2017). Dans ces sacs, les recherches, les dessins, les projets avortés de l’artiste suisse Christophe Constantin. Ce tas de sacs est la métaphore d’une pratique qui foisonne, qui déborde à l’image de sa personnalité, riche et drôle. Au travers d’une certaine indiscipline, Christophe Constantin porte un point de vue singulier résolument insolent sur des thèmes qui lui sont chers comme les incompréhensions de notre monde contemporain ou encore le culte de la référence à l’histoire de l’art.

Avec Salut Marcel, une sculpture faite d’une roue de vélo cadenassée à une barrière blanche et rouge fixée directement au sol du lieu d’exposition. Il contraint l’objet à rester sur place à l’aide d’un cadenas : ce petit objet qui tout en marquant et préservant notre propriété peut possiblement se retourner en contrainte, lorsqu’on en perd la clef. Un geste qui résonne comme une grande tape sur l‘épaule de Marcel Duchamp. Une familiarité ambiguë, tantôt hommage amical que critique acerbe, sommant œuvres majeurs et théories de rester à leur place pour laisser vivre la création à venir. Une façon, peut-être, de sous-entendre qu’il est difficile de se défaire d’un tel héritage toujours trop présent. Un héritage dont il s’extirpe dans le processus de création et le choix des matériaux.

Christophe Constantin, Salut Marcel, 2017

À la fois choisis pour leur esthétique, ils sont en réalité le symbole de la précarité de l’homme et la pensée du XXIème siècle. Résolution d’un problème contemporain, (2017), il s’agit d’une sculpture élancée et fébrile composée d’un seau de chantier en plastique rouge et de tuyaux en ferrailles gris imbriqués ensemble de façons plus ou moins aléatoires qui essaient de contenir tant bien que mal une fuite d’eau qui tourne en boucle. Elle semble avoir été conçue comme une résolution provisoire, en attendant. Un « en attendant » que l’on ne retouchera jamais. Dans la simplicité de ce dispositif ressort toute la nécessité qu’a l’homme de devoir s’adapter à une société qui paraît tourner en rond et dans laquelle il est difficile de trouver sa place. Cependant, cette simplicité n’est pas dépourvue de beauté. A-t-on finalement besoin de plus pour observer, comprendre, vivre le monde et ses futilités ?

Dans sa série d’installations Parcs et jardins : work in progress (2017) il marque un temps d’arrêt dans l’évolution esthétique des formes. Le temps de la création, comme suspendu, fige la forme et permet le glissement d’une composition à une autre. On y voit quatre parpaings vaguement empilés sur lesquels repose une bière, à côté une pèle, des graviers, un panier en osier, un seau et un tuyau d’arrosage qui n’est branché nulle part. Tous les éléments rassemblés pour un chantier réussi. Mais cette promesse est mensongère. Puisque quand l’exposition sera finie, plus de chantier et l’espace retrouvera son état d’origine.

Christophe Constantin, Hyperproduction artistique, 2017

Christophe Constantin utilise l’autodérision, la bêtise et l’ironie comme des matériaux bruts. À la fois drôle et satyrique, son travail s’inscrit dans une démarche de recherche constante. Une recherche qui trouve sa quintessence dans un moment précaire pour révéler toutes les absurdités de notre monde contemporain avec une élégante irrévérence qui fait la force de son travail.

 

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